Amoureux des films et des musiques qui embrassaient la vie, ses éclats comme ses aléas, Gilles Mouëllic a généreusement partagé sa passion à travers ses enseignements et sa recherche jusqu’à sa brusque disparition le 14 juin 2023.

 

ATER à l’Université Rennes 2 en musique et cinéma à la fin des années 1990, Gilles soutient une thèse en 1999 intitulée Jazz et cinéma: convergences esthétiques sous la direction de Jean-Pierre Berthomé. Dès 2000, il intègre comme maître de conférences le département de Musique, qu’il dirige entre 2001 et 2003 avant d’être recruté en 2006 sur un poste de professeur au sein du département d’Arts du spectacle de l’UFR Arts – Lettres – Communication, où il assure par la suite différentes missions de direction et de responsabilités pédagogiques dont celle du Master d’Histoire et d’esthétique du cinéma de 2006 à 2015, ainsi que celles des relations internationales pour la filière Cinéma à partir de 2016.

 

Son engagement collectif prend par ailleurs la forme d’un mandat de directeur de l’unité de recherche « Arts : Pratiques et Poétiques » entre 2012 et 2016 et d’une implication en première ligne de plusieurs projets de recherche dont les deux programmes ANR « Filmer l’acte de création » (entre 2008 et 2013) et « Beauviatech » (entre 2018 et 2021) sur la figure de Jean-Pierre Beauviala et la firme Aaton, mais aussi le grand projet international « Technès » associant le Canada, la Suisse et la France autour de l’histoire des techniques entre 2016 et 2022. Gilles contribue en outre activement à la valorisation de la recherche, codirigeant avec Véronique Campan la collection « Le Spectaculaire/Cinéma » (aujourd’hui « PUR Cinéma ») des Presses universitaires de Rennes entre 2005 et 2019, et initiant en 2014 le pôle « Arts et création » de la Maison des Sciences de l’Homme en Bretagne (MSHB).

 

Durant toutes ces années d’intenses activités, ses travaux personnels renouvellent et enrichissent en profondeur les études cinématographiques, qu’il s’agisse de ses recherches portant sur la musique – en particulier le jazz qu’il aimait tant – et le cinéma (La Musique de film dans la collection « Les Petits Cahiers » en 2003, Jazz et cinéma aux Cahiers du cinéma en 2005 ; Jazz et cinéma : paroles de cinéastes chez Séguier/Archimbaud en 2006, etc.), celles sur les relations entre technique et esthétique, ou encore celles consacrées à l’improvisation (Improviser le cinéma chez Yellow Now en 2011), ces dernières, publiées en anglais en 2013 aux Amsterdam University Press/University of Chicago Press, lui valant une reconnaissance internationale. Particulièrement stimulé par les œuvres de cinéastes comme Maurice Pialat, Rabah Ameur-Zaïmeche, Laurent Cantet ou encore John Cassavetes – consacrant un essai à Meurtre d’un bookmaker chinois en 2017 –, il a codirigé de très nombreux ouvrages collectifs et numéros de revues (CiNéMAS, Cahier Louis-Lumière, Écrans, Atala, Les Cahiers du musée national d’art moderne), qu’ils portent sur des auteurs comme Jean-Luc Godard ou Johan Van Der Keuken (avec deux collectifs en 2020 chez Yellow Now), la portabilité des appareils de prise de vues et de sons (aux Presses Universitaires de Montréal en 2022), le découpage cinématographique (aux Presses universitaires de Rennes en 2016) ou encore la représentation de la création artistique au cinéma (Filmer l’acte de création en 2009, Filmer l’artiste au travail en 2013, Les Œuvres d’art dans le cinéma de fiction en 2014, à chaque fois aux Presses universitaires de Rennes).

 

Gilles a ainsi ouvert et arpenté plusieurs terrains de recherche qui inspirent encore aujourd’hui les travaux de jeunes chercheurs, dirigeant une dizaine de thèses et de nombreux mémoires sur le cinéma et la musique de cinéma tout au long de sa carrière d’enseignant-chercheur.

 

Pour en témoigner, un premier hommage lui sera rendu à l’université Rennes 2 le 20 septembre 2023 à partir de 17h, en présence de celles et ceux qui ont bénéficié de son encadrement généreux et de ses grandes qualités de pédagogue.

 

Simon Daniellou, le 10 septembre 2023