Barbara Laborde : Politiques culturelles et enseignement du cinéma en lycée : paradigmes et enjeux
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C’est sans doute ce qui se joue dans cette opposition entre « enseignement artistique » et
« éducation aux médias » : d’un côté l’œuvre d’art, close sur elle-même indépendante de sa
réception, de l’autre l’image médiatique et ses significations variables. Le rapport
« L’éducation aux médias, enjeux, états des lieux, perspectives » parle de « la maîtrise des
langages : il s’agit d’apprendre à décrypter les codes et à percevoir les procédures à l’œuvre
dans différents types de textes et de langages médiatiques » (Éducation aux médias, 2007,
p. 22).
Pourtant, il est aussi question de « décrypter » l’image cinématographique. Mais du côté de
l’analyse filmique, on reste sur l’idée que ce « décryptage » doit mener à un sens univoque :
comme le dit A. Auclaire, il faut faire découvrir aux élèves :
« La facture et le sens d’une lumière, d’un plan, d’un cadre (…) tout cela ne peut que favoriser par
ailleurs le recours au film comme support de décryptage de toutes les autres sortes d’images
animées. » (A. Auclaire, 2008, p. 47)
On pourrait parler ici d’une certaine vision « sémiologique » de l’image (si l’on accepte une
vision très réductrice de la sémiologie) comme un mode d’expression nécessitant le
décryptage de « codes » qu’il faut savoir traduire en sens. Sauf qu’il semble qu’il y ait
différents types de langage : le « langage médiatique » pluriel et le « langage artistique » qui
consiste en une relation signifiant/signifié comprise comme une traduction plus essentielle
que contextuelle, tout cela constituant un « langage des images » mal délimité et mal défini,
mais qui aboutit toujours à une valorisation de l’art face au non-art. Les programmes scolaires
ont pour but d’apprendre à « décrypter les codes », pour déciller le spectateur face aux images
quelles qu’elles soient. La présence de ce paradigme dans l’éducation aux images incite à être
attentif à la façon dont l’enseignement du cinéma pourra, le cas échéant, se servir de cette idée
de « décryptage » dans les approches théoriques qu’il utilise.
La place du spectateur
C’est aussi la place du spectateur qui mérite d’être interrogée dans ces rapports : les jeunes
sont considérés comme des êtres passifs qui « subissent » les messages délétères des médias
dont il faut leur apprendre à se prémunir :
« C’est une fracture intellectuelle et culturelle qui menace les jeunes d’âge scolaire du fait précisément
de cette généralisation des usages et du manque de maîtrise des contenus. » (Éducation aux média
s
,
2007, p. 15)
Or cette affirmation ne tient que si l’on nie que « les jeunes » sont des récepteurs actifs qui
« font quelque chose » des images, qu’ils utilisent en fonction de leurs besoins et attentes et
que la réception est aussi affaire de négociation de sens. Le spectateur passif, en danger