Barbara Laborde : Politiques culturelles et enseignement du cinéma en lycée : paradigmes et enjeux
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lectures spécifiques » (Éducation aux médias, 2007, p. 35), et l’éducation aux médias vise à
comprendre « la manière dont elle (l’image) fait sens en fonction des supports qu’elle choisit
et du regard qui se l’approprie » (Éducation aux médias, 2007, p. 23).
Du côté de l’enseignement du cinéma, le rapport A. Auclaire confirme en 2008 ce que disait
C. Juppé-Lebond en 1999 :
« Il semble bien qu’il y ait consensus pour estimer que l’objet premier d’éducation au cinéma est bien
l’art du film et non l’initiation au langage de l’image ou à l’audiovisuel en général. » (A. Auclaire,
p. 46).
J.-R. Marchand insiste également sur le fait que :
« Le ministère de la Culture ne peut pas retenir cette conception restrictive purement langagière de
l’éducation à l’image. (…) S’agissant par exemple du cinéma, il est bien évident qu’il existe un
langage de l’image (…), mais le ministère de la Culture doit accorder la priorité à l’étude des
œuvres. » (J.-R. Marchand, 2001, p. 11)
D’un côté « langage des images », de l’autre « art du film » et « étude des œuvres ». Ce
qu’A. Auclaire et J.-R. Marchand appellent le « langage de l’image » renvoie justement à
cette approche spécifique utilisée dans l’éducation aux médias qui consiste à envisager la
manière dont l’image nous parle, ce qu’A. Auclaire comme J.-R. Marchand considèrent
comme secondaire. Quand on sait que le ministère de la Culture est un partenaire obligatoire
des enseignements « cinéma et audiovisuel » en lycée, on comprend que ces enseignements
qualifiés d’« artistiques » privilégient une approche de l’œuvre à analyser en elle-même et
pour elle-même, plus que l’étude des modalités de sa diffusion et de sa réception, domaine qui
semble réservé à l’éducation aux médias… que précisément on n’aborde pas ou peu en
lycée en vertu de la « priorité à l’étude des œuvres ». C’est finalement une vision immanente
de l’œuvre cinématographique – au sens où l’entend Gérard Genette c’est-à-dire : « l’œuvre
elle-même, débarrassée de toutes considérations externes
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» – qui présuppose qu’elle ne peut
être assimilée à un média : c’est ce que veulent dire A. Auclaire et J.-M. Marchand quand ils
refusent de s’intéresser au « langage des images ». Car assimiler l’œuvre au média déplacerait
son étude vers l’analyse pragmatique des paramètres de sa réception c’est-à-dire de ses
« modes de lectures spécifiques », « la manière dont elle (l’image) fait sens en fonction des
supports qu’elle choisit et du regard qui se l’approprie » (Éducation aux médias, 2007, p. 53).
5
Gérard Genette, « Peut-on parler d'une critique immanente ? », revue
Poétique
, n° 126, avril 2001, Paris :
Seuil, p. 131 et 136.