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Barbara Laborde : Politiques culturelles et enseignement du cinéma en lycée : paradigmes et enjeux
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devant l’image médiatique n’est sans doute pas très différent du spectateur passif devant les
images cinématographiques des « industries culturelles » que l’enseignement du cinéma doit
lui apprendre à combattre. Le présupposé idéologique est le même : le réinvestissement
pragmatique des images n’est pas envisagé, la compétence personnelle de l’élève non plus, le
spectateur ne peut être qu’un être manipulé ou un être à
éduquer
, les variables du
comportement individuel ou liées à l’appartenance sociale de chacun face aux images n’étant
pas envisagées.
Se dessine ici un paradigme propre à l’École française. Une vision immanente de la
production audiovisuelle – qui suppose l’œuvre comme indépendante de sa réception –
apparaît d’emblée plus répandue qu’une vision pragmatique qui supposerait que la sphère de
la réception est aussi active dans la production du sens que la sphère de la création : on peut
déjà supposer que le cinéma sera davantage étudié que le blog, que les « film studies »
l’emporteront sur les « media studies ». La lacune de l’École française quant à l’éducation aux
médias pourrait donc s’expliquer par une résistance aussi paradigmatique que
méthodologique. Le fait qu’une éducation aux médias efficace doit passer par une étude de
« la manière dont elle (l’image) fait sens en fonction des supports qu’elle choisit et du regard
qui se l’approprie » (Éducation aux médias, 2007, p. 53) – ce qui relève d’une conception
pragmatique de l’image – s’oppose aux représentations immanentes de l’image, plus
répandues, qui prédisposent aux enseignements artistiques, comme étude de l’« Œuvre ». Ce
n’est donc pas seulement le ministère de la Culture qui est en cause, mais tout un paradigme
de valorisation de l’« Œuvre » et de l’« approche artistique ».
Bilan
Si l’on synthétise les différents paradigmes politiques relevés, on constate que le discours
politique suppose :
1 : l’accessibilité de l’art au plus grand nombre ;
2 : les vertus démocratiques et citoyennes de l’art ;
3 : le pouvoir fondamental de l’artiste comme créateur et éducateur ;
4 : que la résistance aux industries culturelles passe par l’enseignement artistique ;
5 : l’affirmation d’une culture patrimoniale ;
6 : la création artistique comme solution à tous les maux de la société, comme garantie du
maintien de la cohérence et de l’harmonie ;