Aurore Fossard : La blonde plantureuse sous l’objectif du paparazzi : évolution d’un sujet du grand et
du petit écran
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terme de cette analyse de cas, il semble que les changements qui caractérisent le regard
paparazzien dans
Dirt
traduisent davantage la « rage de voir »
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dont parle Laurent Jullier
qu’une « suspension du cours de l’action ». Au fond, la scène de
Dirt
semble faire écho à la
radicalisation d’un système médiatique qui cause une surexposition et une surexploitation des
corps. Les partis pris visuels pour traduire le regard du paparazzi révèlent à la fois la violence
mais aussi le caractère injonctif qui caractérisent à présent l’acte paparazzien. Or cette
injonction se situe moins dans la fusion des regards du spectateur et du paparazzi (ils
fusionnaient déjà, face à la prostituée, dans
Peeping Tom
, Michael Powell, 1960) que dans le
rôle attribué au photographe dans la fiction. Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer la
scène d’
Elmer Gantry
(Richard Brooks, 1960), dans laquelle la bonne foi du pasteur
interprété par Burt Lancaster est mise à mal par son ex-petite amie (Shirley Jones) qui,
devenue prostituée, le piège en l’attirant dans ses appartements après avoir pris soin
d’embaucher un photographe. Le schéma, dans les faits, est le même que dans la série
Dirt
:
un photographe capture un instant de la vie privée d’un couple illégitime. La différence est
qu’en 1960, le personnage du photographe est presque inexistant (il n’est pas même crédité au
générique), tandis qu’en 2007, c’est lui qui dirige la scène, comme commanditaire et comme
chef d’orchestre. C’est donc uniquement à travers son objectif que le spectateur observe la
scène et c’est son regard qui modèle l’image du corps de la blonde plantureuse à l’écran. En
cela, le photographe paparazzi est devenu un solide personnage susceptible d’influencer les
partis-pris visuels de la fiction, tant dans les situations que dans la représentation des
protagonistes.
Conclusion
Nous avons tenté de mettre en lumière le caractère symptomatique de l’évolution de la
représentation de la blonde plantureuse sous l’objectif du paparazzi. D’abord partie prenante
de la construction d’une icône dans l’espace public, d’une star, le regard du paparazzi déplace
la frontière du visible dans l’espace privé. Il semble que la présence du paparazzi dans la
fiction ait des enjeux à la fois visuels et anthropologiques. D’abord, son regard fait du corps
féminin le sujet principal de la fiction en le modelant puis en le morcelant. Il est un commode
l’action en des instants de contemplation érotique”. »,
Cinémaction
n°67, « 20 ans de théories féministes sur le
cinéma », 1993, p.144.
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Laurent Jullier,
op.cit
, p. 4.