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Fanny Beuré: Eleanor Powell, Judy Garland: s’affranchir des stéréotypes genrés par la danse et le chant
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genrées va beaucoup plus loin : grâce à l’extraordinaire talent de ces femmes, apparaît une
possibilité de rétablissement du rapport de force entre les partenaires.
Notons d’abord, chez ces deux interprètes, l’importance des solos, souvent pensés
comme purs
star vehicles
. La chanson
« The Boy Next Door »
(
Meet Me in St. Louis
) est ainsi
écrite pour mettre en valeur l’intensité émotionnelle de Garland. La caméra suit l’actrice de
près, alternant gros plans et plans moyens ; Garland est successivement montrée dans une
cage d’escalier, dans un miroir et dans l’encadrement d’une fenêtre. Ce resserrement du
périmètre a pour effet de concentrer l’attention sur les parties les plus expressives de son
corps (ses yeux, sa bouche). Dans le finale de
Broadway Melody of 1938
, un travelling arrière
fait apparaître l’immensité de la scène vide, qui contraste avec la silhouette minuscule de
Powell, cette dernière occupant pourtant tout l’espace par la danse. Si les procédés sont
inverses, ils ont pour même effet de concentrer l’attention du spectateur sur les actrices.
L’intrigue de la comédie musicale mettant au cœur de son dispositif la formation du
couple hétérosexuel
14
, ces femmes ne sont jamais totalement hors du couple. S’il est
intéressant de noter les solos, il l’est également de constater que, face à leurs partenaires
masculins, elles sont souvent en position dominante. Dans
For Me and My Gal
(Busby
Berkeley, 1942), Harry (Kelly) propose à Jo (Garland) de lui interpréter la chanson-titre. Mais
lorsqu’elle entend sa voix de fausset, elle l’interrompt au bout de quelques mesures et prend
sa place, affirmant son expertise. Le rapport de force (dangereusement en faveur de Jo) est
rétabli plus tard dans le numéro, lorsqu’ils se mettent à danser. C’est alors Harry qui la fait
tourner et montre les pas, même si la danse est de type « côte à côte », aux routines
symétriques. Dans
Born to Dance
, les qualités de danseur de James Stewart apparaissent bien
maigres face à celles d’Eleanor Powell : pendant leurs séquences communes, elle danse
clairement en dessous de ses capacités. Avec le numéro
« Easy to love »
, une curieuse
solution est proposée : elle danse devant, puis autour de lui alors qu’il reste assis à battre la
mesure ! S’il lui donne le tempo, il est évident qu’elle mène la danse.
Dans ces exemples, la démonstration de leur maîtrise permet aux deux femmes de
prendre le dessus et des relations plus égalitaires semblent possibles au sein du couple. Mais
la subversion du rapport de force genré connaît sa plus forte expression dans une autre figure :
celle du travestissement.
14
Rick Altman,
La comédie musicale hollywoodienne : les problèmes de genre au cinéma
, Paris, Armand Colin,
1992.