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Fanny Beuré: Eleanor Powell, Judy Garland: s’affranchir des stéréotypes genrés par la danse et le chant
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Dans les deux cas, le contrechamp souligne la surprise du retournement : la découverte
d’un talent au départ inconnu. Il n’est pas innocent que cette révélation soit immanquablement
médiatisée par le regard du protagoniste masculin : le bouleversement du rapport de force
genré n’a pas lieu, les bienséances du système générique sont respectées. Leur talent n’était
ainsi pas tant dissimulé que privé de son espace public d’expression : si Manuela confie à la
camera dès le début du film ses fantasmes de pirate, elle doit devant la duègne se résigner à un
mariage de raison ; si les talents d’Irene sont montrés au spectateur dès le début du film, cette
dernière doit se résoudre à ne pas exercer son métier de danseuse. C’est finalement l’hypnose
(de Séraphin) qui libère Manuela ; de la même façon, c’est lorsque la mascarade « Arlette »
est dévoilée (par le journaliste Bert Keeler) qu’Irene est obligée de se montrer. Elles
s’affirment par leur talent, mais ce sont des hommes qui ont posé les cadres de cette
libération.
Au cœur de ce retournement se trouvent des enjeux de séduction, déplacés du terrain
de la pure beauté plastique ou de la sensualité. La séduction provient ici du fait de se révéler
ne pas être si ordinaire, de la capacité à provoquer l’émotion. Il s’agit d’un premier pas de
côté dans le protocole de séduction, qui est confirmé, plus globalement, par leur faible
intégration dans le jeu hétérosexuel.
Une faible intégration au jeu hétérosexuel
Directement en lien avec leur statut de
girl next door
, Powell et Garland incarnent
fréquemment des femmes pensent ne pas pouvoir susciter le désir. Le manque de glamour de
Garland est ainsi souvent le sujet (direct ou non) des films où elle apparaît. Dans
Strike Up the
Band
(Busby Berkeley, 1940), elle incarne la fille d’un modeste professeur de musique et se
dispute Mickey Rooney à June Preisser, qui joue une enfant-star sophistiquée. Dans
Easter
Parade
, alors que tous les hommes se retournent sur le passage de Nadine (Ann Miller),
Hannah (Garland) fait des grimaces grotesques pour obtenir la même attention. Dans
Born to
Dance, Broadway Melody of 1936, et Broadway Melody of 1938,
Eleanor Powell est
systématiquement opposée à une femme plus riche et plus traditionnellement séduisante, de
laquelle l’homme qu’elle convoite dépend financièrement. Dans l’intrigue, cette conviction de
ne pas être désirable les maintient dans le jeu hétérosexué puisqu’elles aspirent à être l’objet
du désir masculin. En revanche, au sein des numéros musicaux, la subversion des normes