Marie-Laure Rossi : Marguerite Duras devant la télévision
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journalistiques de Marguerite Duras nous permettent de prendre conscience du fait qu'au début
des années 1980, le débat démocratique se passe essentiellement à la télévision, faisant évoluer
le statut d'écrivain engagé.
Bon nombre des références télévisuelles qui apparaissent dans
Le Monde extérieur
ont
trait à des émissions mettant en scène François Mitterrand. L'écrivain a investi une grande part
de son travail journalistique dans le soutien au président de la République, dont elle était l'amie
de longue date, faisant de son mieux pour convaincre ses concitoyens de la qualité de cet
homme d'Etat. Dans l'article " La droite la mort ", ce projet justifie la prise de parole :
Ce que j'ai fait c'est que j'ai quitté la télé et que je suis venue écrire ça, à
savoir que si les Français continuaient à faire du dépit à l'égard du PS, à
voter dans la marelle de droite, il faudrait qu'ils sachent de quoi et de qui ils
seraient privés si cette droite venait au pouvoir
10
.
Pour cela, elle construit toute une rhétorique opposant François Mitterrand et son rival Jacques
Chirac, en s'appuyant sur l'image que la télévision transmet de l'un et de l'autre.
Je viens de voir Mitterrand à Moscou et Chirac à Sarcelles, je ne sais pas si
c'est un " coup " de la télé, mais ce coup est éclatant. Mitterrand, fin comme
l'ambre, aigu et clair, avec des mots précis, parlait du monde entier. Chirac,
boy-scout, vieux langage et nullité profonde, parlait encore de Mitterrand,
oui, et encore de Le Pen
11
.
La suite du texte se clôt sur une énumération opposant François Mitterrand, associé à
l'ouverture sur le monde, et Jacques Chirac, associé au repli sur les questions nationales.
Lorsqu'elle évoque les deux hommes politiques, Marguerite Duras se réfère la plupart du temps
à ce clivage, comme si les images télévisuelles, entrant en écho avec le système de valeurs de
l'auteur, étaient à l'origine du procédé rhétorique par lequel elle tente d'influencer le débat
démocratique.
L'analyse de cet exemple montre à quel point la sensibilité politique de Marguerite
Duras est avant tout une question de personnalité, sans véritable prise en compte des idées
avancées par les candidats. Sa solidarité avec François Mitterrand n'est pas de l'ordre de
l'idéologie mais de la sympathie personnelle.
Je suis une inconditionnelle de Mitterrand. J'ai une totale confiance en lui,
non pas comme chef d'Etat, mais comme dans une personne qui se trouve
être soudain chef d'Etat
12
.
10
. Marguerite Duras,
Le Monde extérieur
,
op. cit.
, p. 66.
11
.
Ibid.
12
.
Ibid.
, p. 28.