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Marie-Laure Rossi : Marguerite Duras devant la télévision
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Pour commencer, la comparaison des recueils
Outside
et
Le Monde extérieur
donne à
percevoir l'intérêt grandissant de l'écrivain pour ce moyen de communication.
Outside
, publié
en 1981, présente des textes journalistiques rédigés entre 1957 et 1980. On y repère trois
mentions de la télévision, dont une seule fait allusion à la nature de ce qui est diffusé ; il s'agit
de l'article " Nadine d'Orange "
1
, écrit en 1961, dans lequel elle accuse ce média d'avoir donné
une représentation erronée d'un fait divers survenu récemment. Cette critique s’inscrit dans le
cadre plus général de la critique des « journaux » qu’elle développe à propos d’un certain
nombre de faits divers. Ce n’est pas la télévision en tant qu’outil d’expression spécifique qui
est visée, mais le regard porté par les journalistes sur un destin particulier. Dans l'ensemble, le
spectacle télévisuel ne suscite pas de réaction particulière de l'auteur, pour qui la source la
plus légitime de l'information sur le monde semble résider encore dans la lecture de la presse.
Au contraire,
Le Monde extérieur
, publié en 1993, présente des articles majoritairement
rédigés à partir de 1980, au sein desquels on compte une quinzaine de mentions de la
télévision, qui font référence à des émissions précises que le téléspectateur de l'époque
pouvait identifier aisément. Cette progression est assez représentative de l'évolution sociale de
cette époque. En effet, les historiens situent entre 1974 et 1984 la période où la télévision
libérale, telle que nous la connaissons aujourd'hui, s'est intallée dans la quasi totalité des
foyers français, s'imposant comme le moyen de communication de masse le plus pratiqué. On
peut imaginer Marguerite Duras fascinée par le déroulement du spectacle télévisuel en tant
que tel, si bien qu'elle livre, dans
La Vie matérielle
2
, le récit d'un documentaire animalier, sans
aucun commentaire, comme si les images se suffisaient à elles mêmes et que le travail de
l'écriture n’était que dans la restitution telle quelle de ce qui est représenté.
Mais surtout, l'expérience dont témoignent les écrits de Marguerite Duras inscrit la
télévision dans une pratique de l'ordre du quotidien, assez conforme à l'usage que ses
contemporains font de ce média. De nombreux articles du
Monde extérieur
s'ouvrent sur une
référence à l'émission de la veille. Par exemple, le texte intitulé " La perte de la vérité "
commence ainsi : " C'est l'homme qui parlait hier soir, le 30 septembre 1985, à la télévision
qui m'a donné envie de parler.
3
" La mention, quelques lignes plus loin, d'Yves Mourousi
permet aujourd'hui de comprendre que l'auteure évoque une des émissions politiques de début
de soirée animées par le présentateur de TF1. Ce type d'ouverture s'inscrit dans le cadre d'une
époque, pas si lointaine, où, en l'absence d'autres médias lui faisant concurrence, la veillée du
1
Marguerite Duras,
Outside
[1981], Folio, 1996, p. 125-134.
2
Marguerite Duras,
La Vie matérielle
[1987], Folio, 2009, p. 81.
3
Marguerite Duras,
Le Monde extérieur
, P.O.L, 1993, p. 81.