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Alina Popescu : Mircea Daneliuc et la censure. Le parcours d’un cinéaste roumain à travers les dossiers de la
Securitate
106
et du peuple, la construction du socialisme en Roumanie ainsi que, plus généralement, les
états d’esprit « non conformes »
6
.
Une surveillance s’exerçait donc sur les personnes qui refusaient de se plier aux tâches
idéologiques dictées par le Parti. Ce fait nous permet de mesurer l’ampleur des contraintes qui
pesaient sur le milieu artistique de l’époque, d’autant plus que dans le cinéma, les plans de
production
7
ne laissaient pas beaucoup de marge de manœuvre. Un plan de production établi
pour la période 1983-1985
8
indique la rigidité des cadres dans lesquels la création
cinématographique devait se maintenir : les films d’actualité inspirés de la vie et du travail des
ouvriers, les films inspirés par la lutte du peuple pour la libération sociale et nationale ou par
la lutte antifasciste, les films pour la jeunesse et les enfants, les comédies, les films musicaux,
les films d’action. À côté des
films historiques
qui constituent « l’épopée nationale » et dont la
formule cinématographique coïncide avec le tournant nationaliste du régime Ceausescu,
l’autre thématique importante dans les plans de production est celle des
films d’actualité
.
Dans cette dernière catégorie entrent les films qui permettent au régime de faire l’éloge de ses
réalisations, les films qui montrent l’homme nouveau, le héros communiste du présent,
attaché à l’édification de la société socialiste : ces directives aboutiront principalement dans le
film documentaire, mais aussi dans l’œuvre de cinéastes comme Mircea Daneliuc, Dan Pita,
Alexandru Tatos et autres, qui proposent en fait une vision « non-conforme » de cette réalité.
Né en 1945, Mircea Daneliuc fait partie de ce que la critique appelle la « génération
1970 », symbolisée par le tandem « Pita-Veroiu », connue aussi sous le nom de la
« génération Daneliuc »
9
. Ces jeunes débutants ont marqué une véritable rupture
générationnelle en déplaçant les canons esthétiques du réalisme socialiste et en véhiculant des
valeurs propres à l’individualisme. La surveillance de Mircea Daneliuc commence
en 1979,
motivée par le fait que « dans les discussions ainsi que dans l’attitude qu’il adopte dans la
relation avec les collègues il essaie de s’ériger en chef, en véhiculant des idées soi-disant
protestataires dans
l’intérêt de la communauté
des cinéastes »
10
. C’est aussi une personne qui
propage « l’idée de l’insoumission de l’individu par rapport à une collectivité humaine », ce
6
CHIVU C., ALBU M.,
Noi si Securitatea
.
Viata privatasi publica in perioada comunista asa cum reiese din
tehnica operativa,
Pitesti, Editura Paralela 45, 2006, pp. 173.-189
7
Désignés dans les documents officiels par le syntagme « plans thématiques »
8
Cet exemple est tiré de MODORCEA G.,
Actualitatea si filmul
, Bucuresti, Editura All, 1994, p.
212.
9
Voir le chapitre dédié par le critique roumain Calin Caliman à cette génération, dans CALIMAN C.,
Istoria
filmului romanesc. 1897-2000
, Bucuresti, Editura Fundatiei Culturale Romane, 2000, pp. 227-230 et son article
The New Waves of Romanian Cinema
, 2007, en ligne sur www.kinokultura.com
10
ACNSAS,
Fonds documentaire informatif
, Dossier I000903, vol.1, pp. 1-2