Laura Le Gall - Une icône insaisissable à l’écran : Bob Dylan dans
I’m Not There
, l’identité atomisée
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connivence adressé au spectateur, un appel à lui faire prendre conscience du caractère ludique
et forcément truqué du film. Todd Haynes met ainsi en scène l’idole Dylan, qu’il nous invite à
reconnaître en chacune de ces esquisses de personnages, mais qui ne sont que des leurres. Il
restitue aussi l’icône Dylan, celle par laquelle on accède à une époque, à la musique folk, à un
archétype de la culture traditionnelle américaine comme Billy the Kid, celle qui montre
qu’elle se joue de nous, qui se dévoile et s’assume comme pure image de fiction et qui,
finalement, renvoie au caractère inaccessible de Bob Dylan, tout en le préservant.
L’énigme.
Une autre figure tutélaire plane sur tout le film, omniprésente : celle de Rimbaud. Le titre
I’m Not There
semble en effet répondre au
« Je est un autre »
du poète, explicitement cité par
l’un des personnages. Pour Rimbaud, l’identité, instable, insaisissable, émerge malgré soi,
quand le sujet ne s’y attend pas. Ce n’est pas en essayant de comprendre rationnellement qui
l’on est que l’identité s’affirme clairement : c’est en brodant autour, par la fiction, qu’elle peut
jaillir. C’est dans cette démarche que s’inscrit Todd Haynes, qui décompose la figure qui
l’inspire en inventant les vies imaginaires qui auraient pu être celles de Bob Dylan. De la
même manière, les derniers mots du film, énigmatiques (« Je ne sais pas qui je suis la plupart
du temps. C’est comme si on avait hier, aujourd’hui et demain dans la même pièce. »),
avouent l’impossibilité de saisir une identité toujours fuyante, mais à laquelle le film attribue
le pouvoir de s’introduire dans de multiples existences, de traverser les lieux et les époques.
Puisque la quête de l’identité de Dylan débouche nécessairement sur une énigme, Todd
Haynes invite à s’en écarter de façon paradoxale. Le dernier plan du film dévoile le vrai Bob
Dylan jouant de l’harmonica, et ouvre enfin la voie à une continuité possible, symbolisée par
la musique. Elle seule apparaît comme un langage auquel Dylan est resté constamment fidèle.
La musique folk, à l’origine, n’est autre que l’expression d’une culture américaine
rassemblant une multitude de traditions musicales populaires transmises oralement, chantées
par un seul individu à travers lequel se profilait la voix de tout un peuple.