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Laura Le Gall - Une icône insaisissable à l’écran : Bob Dylan dans
I’m Not There
, l’identité atomisée
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Todd Haynes imagine que Billy the Kid, vieillissant, se serait retiré dans une ville imaginaire,
qui fait écho à une multitude de lieux dont parle Dylan dans ses textes
9
. L’endroit évoque
aussi de façon métaphorique la destination qu’aurait empruntée le chanteur quand il s’est isolé
après son accident de moto en 1966, retraite de trois ans pendant laquelle il est revenu aux
sources de la musique traditionnelle américaine. Bob Dylan apparaît ainsi comme la clé de
voûte du système de représentations imaginaires construit par Haynes, celui qui cristallise
toutes ces références à la culture américaine. C’est donc une figure unificatrice, mais qui en
même temps permet de disperser et redistribuer des références qui ont nourri le chanteur puis
en ont inspiré d’autres, à travers son prisme.
Un phénomène culturel à l’écran
Il s’agit à présent de se placer du côté de la réception spectatorielle, de façon à interroger
la manière dont le chanteur est perçu dans la sphère publique, et à montrer comment son statut
d’icône et d’idole américaines déterminent le regard et le point de vue que porte Todd Haynes
sur Bob Dylan. Ces termes ne désignent pas seulement le phénomène de déification dont il a
pu faire l’objet : l’utilisation d’un vocabulaire religieux qui, passé dans le langage courant,
s’applique aux figures populaires contemporaines, mène plus généralement à une réflexion
sur le statut de l’image dans le genre
biopic
.
Dans ses
Chroniques
, Bob Dylan revient sur son appréhension concernant les étiquettes
qui ont pu lui être attribuées et dans lesquelles il s’est senti enfermé et piégé : « Légende,
icône, énigme (…) – ce genre de chose, ça va. Sereines, inoffensives, usées, ces
dénominations-là sont plus faciles à contourner. Prophète, messie, sauveur – ça, c’est du
dur. »
10
De nos jours, il continue à être désigné comme icône et aussi idole de la culture
populaire, les deux termes étant employés indifféremment. Pourtant, ce sont historiquement
deux types d’images qui s’opposent : l’idole est une image sur laquelle le regard vient buter,
sans pouvoir aller au-delà, qui se donne elle-même pour ce qu’elle représente : elle « (…) ne
rend de son modèle que ce que celle-ci donne à voir et se fait esclave de l’apparence »
11
.
L’icône est en revanche distincte de son modèle : elle renvoie à un ailleurs, à un sens caché,
qui exprimerait une vérité. Passé dans le langage courant, le terme « icône »désigne une figure
emblématique qui incarne une génération, un courant, une communauté. Bob Dylan
9
Dans
Desolation Row
par exemple, chanson de l’album
Highway 61 revisited,
sorti en 1965, Bob Dylan évoque
un Mardi-Gras grotesque se tenant dans cette « allée de la désolation », où paradent côte à côte les héros d’une
mythologie qui lui est propre : Cendrillon, Bette Davis, Roméo, Caïn et Abel, Ophélie, Robin des Bois…
10
Bob Dylan
, Chroniques
, éditions Gallimard, Paris, 2010, p.169.
11
Suzanne Saïd, « Images grecques : icônes et idoles » in
Faits de langues
n°1, Mars 1993, p.13.