Laura Le Gall - Une icône insaisissable à l’écran : Bob Dylan dans
I’m Not There
, l’identité atomisée
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et, par là-même, abandonnant le récit linéaire, comme si celui-ci ne pouvait rendre compte de
la dimension discontinue et accidentée de la vie : c’est le cas de
I’m Not There.
Dans une lettre adressée à Bob Dylan en 2000
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où il lui fait part de ses intentions et de
ses partis pris formels et scénaristiques, Todd Haynes s’interroge ouvertement sur la façon
dont un film peut « retranscrire l’ampleur et le souffle d’une vie de création, un film qui
ouvrirait les esprits au lieu de les renfermer sur leurs certitudes ». Il en conclut que ce film-là
« ne supporterait pas les contraintes d’une narration classique », avant d’ajouter : « La
structure d’un tel film doit être fragmentée, avec de nombreuses ouvertures et une multitude
de voix, et son ambition première doit être la réfraction, pas la condensation. » Pour Todd
Haynes, les multiples facettes de l’identité de Bob Dylan ne sauraient être appréhendées dans
une forme clôturée, finie. De plus, s’il ne reste à mener que des investigations fragmentaires
sur la vie du sujet, la forme doit alors nécessairement s’accorder avec le fond. Il imagine donc
un film « éclaté en sept visages différents ».
I’m Not There
, comme son titre tiré d’une
chanson de Dylan l’indique, ne garantit pas l’accès à l’identité du chanteur : il est conçu
d’emblée comme le résultat forcément partiel, lacunaire et inachevé de la quête de cette
identité.
A l’écran, les différentes sources dans lesquelles a puisé le cinéaste s’alignent,
deviennent indiscernables. Todd Haynes a tiré le matériau de son film de la vie de Dylan telle
que lui-même a pu la raconter et telle que l’ont exposée les médias ; il s’est inspiré des
mensonges du chanteur (qui a lui-même contribué à créer une fiction autour de sa propre vie),
de ses textes, mais surtout de ses propres constructions imaginaires. Puisque tous les faits
connus sur lui sont toujours pris dans un faisceau d’images et de données déjà médiatisées et
souvent contradictoires, son sujet d’inspiration n’a pas été l’homme mais le personnage public
Dylan, en tant qu’il est ainsi livré à l’imaginaire de tout un chacun. Dans
I’m Not There
, Todd
Haynes ne dévoile pas son vrai visage, il amplifie au contraire le phénomène d’éloignement et
le caractère désormais illusoire de la personnalité du chanteur qu’a produit, au fil des ans, sa
médiatisation. Il a donc choisi de décomposer la figure Bob Dylan en créant six personnages,
renvoyant ainsi concrètement à différentes facettes du chanteur :
1.
Arthur (Ben Winshaw), « poète » évoquant physiquement Arthur Rimbaud,
interrogé par une commission enquêtant sur des propos véritablement tenus par
Dylan dans les années 1960.
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Cette lettre figure dans les bonus du DVD de
I’m Not There,
édité par Diaphana (2008).