Laura Le Gall - Une icône insaisissable à l’écran : Bob Dylan dans
I’m Not There
, l’identité atomisée
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« Une icône insaisissable à l’écran :
Bob Dylan dans
I’m Not There
, l’identité atomisée »
Laura Le Gall (Université Michel de Montaigne – Bordeaux III)
Le
biopic
(biographie filmée) est un genre cinématographique relatant la vie, ou du moins
une portion significative de la vie d’un individu existant ou ayant existé. Pour beaucoup de
ces films, et notamment pour les
biopics
musicaux, il s’agit d’imprimer la légende, de retracer
le parcours romanesque d’un personnage fortement présent dans la mémoire collective. Il en
est d’autres qui interrogent plutôt le mythe dont un homme ou une femme d’exception a pu
faire l’objet : il en va ainsi de
I’m Not There
, film réalisé par Todd Haynes en 2007, portant
sur Bob Dylan.
Les films de Todd Haynes, ou l’identité en question
L’œuvre de Todd Haynes, cinéaste né en 1960 aux Etats-Unis, est représentative du
cinéma indépendant américain. Elle ne comprend que cinq longs-métrages :
Poison
(1991),
dans lequel trois récits s’entremêlent, inspirés de textes de Jean Genet ;
Safe
(1995), récit du
repli sur soi progressif d’une jeune femme au foyer dans une banlieue chic de Los Angeles ;
Velvet Goldmine
(1998) enquête sur l’identité d’une ancienne star du glam-rock inspirée de
David Bowie ;
Loin du Paradis
(2002), mélodrame flamboyant rendant hommage à
Tout ce
que le ciel permet
(1955) de Douglas Sirk, et enfin
I’m Not There
. A chaque fois, Todd
Haynes joue avec les codes institués des genres hollywoodiens (mélodrame,
biopic
…) qu’il
intègre
complètement pour en souligner l’effet étouffant sur les personnages (
Safe, Loin du
Paradis,
la minisérie
Mildred Pierce
produite par HBO en 2011), ou les insère dans une
forme complexe, confrontant ou entrechoquant différents types d’images (
Poison, Velvet
Golmine, I’m Not There
)
1
. Il bouscule les schémas narratifs traditionnels en créant de
véritables « films-puzzles », en entrelaçant plusieurs récits. Questionnement sur soi et
1
Dans un article paru dans la revue
Vertigo
, Marcos Uzal explique que les films de Todd Haynes dans lesquels
le protagoniste principal est masculin lui octroient la possibilité de contrôler son image, de jouer indéfiniment
avec elle. Ses films « féminins » montrent, au contraire, «des femmes étouffant sous leur image» : Marcos Uzal,
« Joies et souffrances des images »,
Vertigo
n°33, avril 2008, p. 45.