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Alban Jamin : De l’influence du ralenti sur la constitution des personnages de film, l’exemple des
chronophages.
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De l’influence du ralenti sur la constitution des personnages de film,
l’exemple des
chronophages.
Alban Jamin (Université Lyon 2)
Dans
Du monde et du mouvement des images
, Jean-Louis Schefer affirme qu’au
cinéma, « l’entraînement d’images a inventé des comportements – c’est-à-dire des
déformations et des prises de proportions humaines alors inédites […]. Le cinéma a inventé
par accident une forme humaine, une forme de l’histoire humaine ; il a de même inventé une
psychologie de cette action humaine. »
1
Dans
La Philosophie des formes symboliques
, Ernst
Cassirer définit l’astrologie en ces termes : « Pour l’astrologie, tout ce qui advient dans le
monde, tout ce qui se forme et tout ce qui naît de nouveau, n’est au fond qu’apparence : ce qui
s’exprime dans cet événement, ce qui se cache derrière lui est un
Fatum
préalablement
déterminé, et donc une détermination uniforme de l’être qui s’affirme identique à soi à chaque
moment singulier du temps. »
2
Le cinéma a inventé sa propre astrologie et elle est d’ordre temporel. Les dénivelés de
temps, rendus possibles par les variations du défilement de la pellicule lors de la prise de vue
ou lors du travail en post-production du film, engendrent des caractères, des comportements,
des destins. Si l’acteur demeure l’indispensable support du personnage, il est pris dans les rets
d’un réseau de variations temporelles qui établissent des
catégories de personnages, liés à la
vitesse d’enregistrement. Une figure cinématographique spécifique et fondatrice de ce
médium nous semble pouvoir initier notre réflexion : le ralenti. En effet,
lorsqu’Abel Gance,
après la lecture d’un premier scénario de
La Chute de la maison Usher
de Jean Epstein
déclare que le personnage de Roderick Usher est « ininterprétable », Epstein, grand utilisateur
de ralentis, affirme : « Aucun acteur, aucun homme même ne pourrait seul créer le personnage
que j’espère. Ou s’il y a quelqu’un qui le puisse, il n’y a plus de film à faire »
3
.
Pour ce cinéaste, le ralenti n’est donc pas une variation possible de l’agir du
personnage, une éventualité dynamique, il en est l’essence, le principe existentiel. Usher est
un rôle de
composition
, un hybride joignant à l’inévitable part d’incarnation de l’acteur une
forme temporelle développant la part purement cinématographique de cet être. Le ralenti
1
Jean-Louis Schefer,
Du monde et du mouvement des images,
Cahiers du cinéma, 1997, p.20.
2
Ernst Cassirer,
La Philosophie des formes symbolique
,
II - La pensée mythique
, Editions de Minuit,
1953, p.115.
3
Lettre de Jean Epstein à Abel Gance datant du 6 janvier 1928 (Fond Jean Epstein de la BIFI, lettre se
trouvant dans le dossier d’archives
Epstein58-B17
).