Aurore Fossard : La blonde plantureuse sous l’objectif du paparazzi : évolution d’un sujet du grand et
du petit écran
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ou en use, puis les enjeux d’un corps qui, mis en image, devient une marchandise précieuse
dans un système de commercialisation orchestré par le regard du paparazzi.
Rappelons-nous la seconde entrée en scène de Sylvia : elle accepte de se recouvrir de son
étole pour l’ouvrir à nouveau. Ce geste de dévoilement spectaculaire met son corps en valeur,
offrant de cette manière ses formes aux regards du paparazzi et du spectateur. De fait, ce parti
pris n’est pas passé inaperçu aux yeux de l’Eglise catholique de l’époque qui s’empressa de
crier au scandale, qualifiant le film de « représentation de l’enfer de Dante »
25
et de monter
contre lui une « cabale
26
». La visibilité (relative) du corps d’Ekberg n’est pas l’unique raison
du tourment, mais sa représentation est symptomatique d’une tendance plus générale. La
seconde moitié du XXe siècle est marquée par une radicalisation du dévoilement des corps, et
notamment celui des femmes, dans l’espace public et donc au regard d’autrui. Nos
contemporains « habitent pleinement leur corps : c’est eux. Plus que les identités sociales,
masques ou personnages d’emprunt, plus même que les idées ou les convictions, fragiles et
manipulées, le corps est la réalité même de la personne »
27
. En d’autres termes, la forme
prime sur le fond, l’individu tend à se résumer à son apparence. Dans
Dirt
, le dévoilement ne
s’arrête plus aux courbes suggérées d’un corps joliment paré mais va jusqu’à la nudité
exposée du sujet. Aux icônes peintes de Marie offrant
la chaleur
de ses bras
succèdent des
images, fixes ou animées, d’individus offrant leur corps. Au culte religieux succède celui des
célébrités et ainsi celui de la visibilité.
Force est de constater que le paparazzi au cinéma est presque exclusivement masculin
28
.
Aussi est-il possible de procéder à une première lecture mulveyenne du regard du paparazzi :
dans
La Dolce Vita
, la femme est élevée au rang de star, donc de fétiche ; et dans
Dirt
, non
seulement elle est d’abord montrée dans une position de soumission au pouvoir masculin,
mais en plus elle finit par se doter d’un avatar phallique (un godemiché). Cette interprétation,
soutenue par les effets visuels décrits précédemment, caractérise un regard paparazzien qui
serait exclusivement masculin et unique « porteur du regard réduisant la femme à une
image »
29
. Pour autant, ces images (celles de Sylvia comme celles de Stormy) pourraient
25
Il était une fois… La Dolce Vita
, Antoine de Gaudemar, 2010.
26
Michel Mardore, « En ce temps-là… »,
Positif
,
n°35, 1960.
27
Antoine Prost, « Frontières et espaces du privé » in Philippe Ariès et Georges Duby,
Histoire de la vie privée,
t. 5, De la Première guerre mondiale à nos jours
, Paris, Seuil, 1999, p. 81.
28
On remarque une « paparazza » en second rôle dans
Delirious
(Tom DiCillo, 2006) et une photographe
indiscrète dans
The Philadelphia Story
(Georges Cukor, 1940).
29
Laurent Jullier, Jean-Marc Leveratto.
Les hommes-objets au cinéma
. Paris : Armand Colin, 2009. p118.