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Adrienne Boutang : Réinventer la transgression, interroger la norme : stratégies de démarcation
dans le secteur indépendant du cinéma américain contemporain
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aux films
mainstream
passe par la construction de représentations sordides, aussi loin que
possible d’une consommation joyeuse du désir.
On le voit, les deux cinéastes examinés plus haut cherchent, par des voies différentes, à se
distinguer des représentations
mainstream
de la sexualité, tout en évitant autant que possible
la confusion avec le genre pornographique. Par-delà la question de la réussite esthétique des
films, le problème posé est bien celui de la possibilité d'une place entre les représentations
mainstream
de la sexualité et les représentations pornographiques. Les cinéastes courent le
risque, suivant la stratégie choisie, de se voir reprocher leur complaisance dans le sordide
racoleur, leur recours à des stratégies empruntées au cinéma d’exploitation (pour Larry
Clark), ou au contraire (pour Wang) leur manque d’audace : de nombreux critiques ont ironisé
sur le fait que Wang ait eu recours à des doublures pour les scènes les plus osées du film.
Premier constat donc, l’étroite marge de manœuvre pour les cinéastes positionnés aux marges
d’Hollywood, dans un contexte de confusion économique croissante entre studios et
indépendants – produisant cette zone économique hybride qu’on a identifiée sous le nom
d’
Indiewood
. Deuxième constat, la nécessaire récurrence de stratégies de démarcation
similaires, dont on a vu qu’elles étaient, pour beaucoup, constituées « en réaction » aux
canons hollywoodiens – en particulier, la volonté récurrente de travailler le malaise du
spectateur, son déplaisir, de l’impliquer de façon désagréable et souvent troublante. Peut-être
faut-il voir dans cette insistance sur la souffrance, le malaise, associés à la sexualité, une
conséquence de la distinction légale opposant les représentations obscènes («
prurient
», ou
« aguichantes ») aux représentations « légitimes » de la sexualité, jouant un « rôle social
réel » («
redeeming social value
»). En mettant l’accent sur la souffrance et le malaise, on
permettrait à des représentations explicites d’acquérir une forme de légitimité, en conférant
aux œuvres où elles s’insèrent le statut d’œuvres sérieuses – quitte à faire de ces récurrentes
visions de la « triste chair », à terme, des poncifs aussi aisément identifiables que les
représentations des studios dont ils cherchent à se distinguer. Dans l’œuvre de Larry Clark se
retrouve la double rhétorique paradoxale héritée du cinéma d’exploitation : utiliser des
représentations sensationnalistes puisant dans une esthétique
underground
de l’exhibition
publique de l’intime
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, mais aussi réactiver un dégoût du corps et de la sexualité aux accents
fondamentalement puritains. Si le cinéma de studio n’accepte de représenter le corps qu’à
travers le filtre d’une iconographie glamour édulcorant les corps et les contours, le cinéma
indépendant s’attache de son côté à légitimer ses représentations érotiques en les entourant
d’un filtre naturaliste tout aussi conventionnel. Deux manières, peut-être, de contourner le
tabou d’une représentation à la fois directe et joyeuse, de la corporalité.
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Aux liens évoqués plus haut entre Larry Clark et Warhol, on peut rajouter l’ancrage de Clark dans une
esthétique
underground
de l’intimité exhibée, le reliant directement à des auteurs comme Nan Golding.