Adrienne Boutang : Réinventer la transgression, interroger la norme : stratégies de démarcation
dans le secteur indépendant du cinéma américain contemporain
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On peut ainsi dégager de l’étude de séquences des films polémiques de Larry Clark des
stratégies cohérentes de confrontation aux canons
mainstream
de représentation de la
sexualité. Au niveau macro structurel, l'ancrage des scènes sexuelles dans un contexte narratif
qui interdit l'implication complète du spectateur : connotations incestueuses, jeunesse des
personnages et des comédiens qui les interprètent, situations perverses de manipulation et de
prise de pouvoir cynique. Plus généralement, le sexe est rarement représenté comme plaisant,
les récits insistant sur la souffrance des personnages. Autant d’éléments qui permettent aux
représentations de la sexualité de se démarquer à la fois (par leur caractère concret) des scènes
sexuelles
mainstream
, et des films pornographiques, dont ils reprennent le caractère explicite,
mais nullement la recherche joyeuse d’une harmonie sexuelle préétablie.
On peut à présent étudier une autre stratégie de démarcation, mise en œuvre dans
The
Center of the World
, réalisé par Wayne Wang en 2001. Au lieu de jouer de la surenchère
provocatrice le film met en place un mécanisme de dilution et de frustration, et joue avec les
codes de l'esthétique
soft core.
Center of the World
de Wayne Wang : « Last tango with pretty woman »?
Center of the World
raconte l'histoire d'un jeune milliardaire qui loue les services d'une
stripteaseuse, lui proposant de la payer pour passer quelques jours de vacances avec lui à Las
Vegas, et lui consacrer quatre heures par jour. Il est bien spécifié d'emblée qu'ils n'auront pas
le droit de coucher ensemble, la stripteaseuse précisant qu'elle n'est pas une prostituée. La
singularité du film soulignée par les dialogues et rappelée à plusieurs reprises, réside dans le
« contrat » établi entre les personnages qui leur interdit tout passage à l’acte ; autrement dit,
jusqu'au basculement qui s’opère vers la fin du film, le personnage masculin se trouve
exactement dans la position du spectateur, autorisé à regarder, mais pas à toucher.
Le film joue ici sur la frustration du spectateur, en lui refusant la représentation de l'acte
sexuel, tout en exploitant par ailleurs une imagerie qui se rapproche du fétichisme softcore,
voire hardcore, exhibant la nudité de la jeune stripteaseuse, et utilisant son corps de manière
extrêmement sexuelle. C'est donc la combinaison d'éléments appartenant au genre
pornographique et de l'organisation consciente, maîtrisée de la frustration du spectateur - la
narration se dérobant comme la stripteaseuse - qui permet au film de se constituer un profil
singulier, se détachant à la fois des films
mainstream
– par son caractère explicite - et du genre
pornographique – par son refus de représenter ce qui est censé constituer l'intérêt et la
fonction du genre, la représentation de l'acte sexuel.
A un premier niveau, il faut donc souligner la construction d'un spectacle aguichant, qui,
situé dans l'univers sulfureux du striptease, évoque l’iconographie softcore. Le film se