Adrienne Boutang : Réinventer la transgression, interroger la norme : stratégies de démarcation
dans le secteur indépendant du cinéma américain contemporain
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Réinventer la transgression, interroger la norme :
stratégies de démarcation dans le secteur indépendant du cinéma
américain contemporain
Adrienne Boutang - Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
Au cours des années 1990-2000, la production par les studios américains de films destinés
spécifiquement à un public adulte
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et, plus généralement, la confusion croissante des limites
entre secteur indépendant et
mainstream
, ont conduit le secteur indépendant à surenchérir
pour se démarquer de films de studio empiétant sur son territoire. L'étude de deux films
indépendants récents montrera comment cette volonté de démarcation a abouti à la création
d'un ensemble de contre-normes, produisant une esthétique cohérente basée sur des procédés
récurrents, et testant les limites de tolérance d'un public blasé.
Ken Park
(Larry Clark, 2002),
cherche à réactiver chez le spectateur un malaise devant les représentations de la sexualité et
de la violence banalisées dans le secteur
mainstream
.
The Center of the World
(W. Wang,
2001) joue de la frustration et de l'ellipse pour interroger l'opposition entre normalité et
déviance.
Larry Clark : le spectateur pris au piège, entre implication et malaise.
Nombre de films indépendants récents peuvent se comprendre en réaction aux normes
hollywoodiennes de représentation de la sexualité, apparues notamment dans les
erotic
thrillers
. L'ouverture de
Kids
(1995) est un bon exemple de construction volontaire de
représentations sexuellement explicites visant à susciter le malaise chez le spectateur. Tant au
niveau thématique que du point de vue de la mise en scène, la séquence prend le contrepied
des codes esthétiques et moraux intériorisés par le spectateur. Il s'agit d'une scène de sexe
entre deux adolescents, mineurs, et contrairement à ce qui se passe dans les films de studio,
les comédiens ont l'âge de leurs personnages, et penchent même plutôt du côté de l’enfance
.
Le lien à l'enfance sera souligné dans la narration, lorsque le jeune homme raconte à un ami
qu'il a vu des photos d'elle datant de l'an passé, où elle avait encore « l'air d'un bébé ». Le film
s’empare donc de la figure ambivalente de la Lolita et accentue, dans le scénario et dans les
dialogues, ce qui en elle peut être moralement perturbant pour le spectateur, thématisant la
question de la proximité avec l'enfance, et dramatisant la virginité du personnage. Autant
d'éléments thématiques qui visent, à l'intérieur du film, et suivant une stratégie qu'on
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Validée par l’adoption de la catégorie NC 17, dont l’utilisation par les studios devait cependant être de
courte durée (Sandler, 2007).