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Fanny Beuré: Eleanor Powell, Judy Garland: s’affranchir des stéréotypes genrés par la danse et le chant
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Figure 8 – Garland et
chorus boys
, « Get Happy »,
Summer Stock
Figure 9 – Garland et
chorus boys
, « Get Happy »,
Summer Stock
Eleanor Powell est elle aussi la reine du travestissement. Son costume emblématique
est, comme Fred Astaire, le
« top hat and tail »
(chapeau haut de forme et queue de pie) : dans
Broadway Melody of 1936
,
Broadway Melody of 1938
et
Lady Be Good
, elle effectue un
numéro dans cette tenue. Si le pantalon est plus pratique compte tenu du caractère acrobatique
de sa danse, l’habit révèle surtout le fait que Powell, comme Garland, échappe à la dichotomie
genrée. Ceci est particulièrement saisissant dans le numéro final de
Broadway Melody of
1938.
Powell y porte un haut-de-forme et un smoking noir, exactement de la même coupe et
du même tissu que ceux des hommes qui l’entourent. L’ambivalence sexuée est
particulièrement manifeste à la fin du numéro, lorsque les lignes de femmes (en robes
blanches à volants) font face aux lignes d’hommes. Powell est alors placée au milieu, moins
comme androgyne que « hors du genre » (figure 12). Dans ce numéro, comme souvent, elle
effectue des mouvements empruntés au clown : elle touche son chapeau, danse les mains dans
les poches, hausse les épaules, remonte le plexus. Loin d’une grâce supposée « féminine », sa
souplesse élastique lui donne l’aspect d’un pantin désarticulé : elle tombe en grand écart
(figure 10), danse avec le bras ballants (figure 11), effectue des saltos et des cambrures