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Fanny Beuré: Eleanor Powell, Judy Garland: s’affranchir des stéréotypes genrés par la danse et le chant
16
en avant des interprètes en marge des canons de beauté hollywoodiens
,
au nom de leur
exceptionnel talent
3
. Effectivement, Judy Garland et Eleanor Powell ont enduré les
traitements de beauté des studios et porté des prothèses à l’écran
4
. Les biographies des deux
actrices se font l’écho de ce supposé statut de « vilain petit canard ». Ainsi, les proportions
malheureuses de Judy Garland sont souvent rappelées (un petit torse, de longues jambes, un
cou inexistant), ainsi que le surnom de « petite bossue » donné, avec tact, par Louis B.
Mayer
5
. Pour sa part, Eleanor Powell est jugée trop grande pour le ballet, ce qui l’empêche
d’être engagée facilement à ses débuts
6
, et massive :
« Her lanky body was graceful when
tapping, but hardly the kind of figure that had men lusting »
7
.
Il me semble pourtant que cet argument de non-conformité est irrecevable. Tout
d’abord, aucune actrice et aucun acteur n’a échappé à ces petites « améliorations » dictées par
les studios : même le parangon de virilité bondissante qu’est Gene Kelly porte une perruque.
Par ailleurs, Powell et Garland peuvent parfaitement être « glamourisées », comme sur les
portraits publicitaires ci-dessous (figures 1 et 2). Sur ces clichés, mis en scène par la MGM,
leur costume (robe décolletée, cheveux relevés, bijoux), leur pose (alanguie, le regard dans le
vague), mais aussi la façon dont elles sont photographiées (la contre-plongée, les jeux de
lumière) renvoient à une image traditionnelle de femme-objet, statique, passive. Elles ne sont
donc pas considérées par les studios comme étant si éloignées des normes de la beauté
féminine : à l’occasion, elles peuvent se fondre dans le système.
3
Steven Cohan, «“Feminizing” the song-and-dance man - Fred Astaire and the spectacle of masculinity in the
Hollywood musical», dans S. Cohan (dir.)
Hollywood Musicals, The Film Reader
, London and New York,
Routledge, 2002, pp. 87-101.
4
Gerald Clark,
op. cit.
, p.134 et Steven Cohan,
Incongruous Entertainment: Camp, Cultural Value, and the
MGM Musical
, Durham, Duke University Press, 2005, pp. 137-138.
5
Gerald Clark,
op. cit.
, p. 134.
6
Margie Schultz,
Eleanor Powell: a bio-bibliography
, Westport, London, Greenwood press, 1994, p. 4.
7
« Son corps longiligne était gracieux lorsqu’elle faisait des claquettes, mais pas du genre à attiser la convoitise
masculine »
, Margie Schultz,
op. cit.
, pp. 5-6. (ma traduction)