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Fanny Beuré: Eleanor Powell, Judy Garland: s’affranchir des stéréotypes genrés par la danse et le chant
15
“No ricky-ticky-sissy-stuff with Ellie”
1
, “None of the fluffing the hair
routine for [Judy]
2
Eleanor Powell, Judy Garland: s’affranchir des
stéréotypes genrés par la danse et le chant
Fanny Beuré (Université Paris-Diderot-CERILAC)
Dans la comédie musicale hollywoodienne classique, les numéros chantés et dansés
sont les lieux privilégiés de négociation, d’incarnation et d’articulation des rapports de genre.
Au sein de ce corpus émergent deux figures féminines aussi emblématiques que singulières :
la danseuse Eleanor Powell et la chanteuse Judy Garland. Cet article cherche à montrer
comment, par leur talent hors du commun et au sein du dispositif générique, elles ont réussi à
s’affranchir d’une féminité stéréotypée.
Nous analyserons d’abord en quoi leur physique et, surtout, leur style inédit de
performance, ont posé problème au système hollywoodien. Nous étudierons ensuite les
modèles de féminité originaux que ces deux interprètes proposent et nous examinerons les
raisons pour lesquelles, en dépit de points communs fondamentaux, elles ont fait l’objet de
réceptions différentes.
Des personnalités singulières
Les analystes de ces deux figures d’actrices évoquent souvent leur supposée non-
conformité aux canons de la beauté féminine hollywoodienne. Steven Cohan défend ainsi
l’idée que la comédie musicale hollywoodienne aurait, davantage qu’aucun autre genre, mis
1
« Pas de piétinement de tapette avec Ellie »
, Fred Astaire,
Steps in Time
, New York, Da Capo Press, 1981,
p. 242. (ma traduction)
2
« Pas de frous-frous aguicheurs avec moi »,
Judy Garland à Charles Walters, citée dans Gerald CLARK,
Get
Happy. The life of Judy Garland
, Delta Publishing, New York, 2000, p. 238. (ma traduction)