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Alina Popescu : Mircea Daneliuc et la censure. Le parcours d’un cinéaste roumain à travers les dossiers de la
Securitate
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dossiers et par l’ampleur de la technique opératoire déployée dans certains cas comme celui
de Daneliuc. Il n’est pourtant pas aisé de déceler les mesures effectives prises par la Securitate
à l’égard du cinéaste. Il est certain que l’on a cherché par le biais des institutions et des
personnes de son entourage à « l’influencer positivement », c’est d’ailleurs sur ce constat de
réussite que la Securitate clôt le dossier du réalisateur.
Sans être exemplaire pour sa génération en ce qui concerne les stratégies de
négociation avec le pouvoir, le parcours de Daneliuc témoigne quand même de la rigidité
bureaucratique qui paralyse le milieu du cinéma pendant la dernière décennie du
communisme. Dans les années 1980, Alexandru Tatos note dans son journal : « La situation
chez nous devient insupportable – surtout dans la culture, dans le cinéma. Ils veulent le
détruire… On me pose le problème de mon existence même. Les films de commande
deviennent aujourd’hui notre unique perspective. On ne se pose plus que le problème de la
survie »
24
. Ce désespoir qui s’empare du réalisateur est l’état d’esprit de tous les
professionnels du cinéma dans ces années sombres que traverse le pays. Les visionnages
répétés, la difficile approbation des scénarios, les temporisations, les incertitudes
permanentes, les contraintes de toutes sortes ont fini par lasser les cinéastes.
Telle qu’elle apparait à travers ce type particulier d’archive, la censure semble être
plutôt un phénomène répressif que productif, plutôt motivé politiquement qu’esthétiquement.
Cette conclusion doit être prise avec précaution car il s’agit ici des archives de la surveillance
policière. Elle devrait être nuancée à l’aide d’autres sources et en faisant appel à des
témoignages
25
. Le phénomène de la censure apparaît toutefois comme négocié, imprévisible
et irréductible à une vision schématique qui opposerait les cinéastes et le pouvoir, en faisant
des uns les victimes et des autres les bourreaux. Ce type de source permet en outre de
comprendre la trajectoire d’une personne dans son dynamisme relationnel et temporel. Mais
l’élément inédit que ces dossiers de la Securitate font involontairement ressortir, c’est le
sentiment d’usure morale, de tracas quotidiens, routiniers et ritualisés, qui auraient du mal à
refaire surface aujourd’hui par le seul recours à la mémoire individuelle.
BIBLIOGRAPHIE
ACNSAS (Archives du Conseil National pour l’Etude des Archives de la Securitate),
Fond
informatif,
Dossiers I 000904, I 000903- vol. I et 2
24
TATOS A.,
Pagini de jurnal
, Bucuresti, Nemira, 2010, p.448
25
Voir sur ce point les diverses contributions du volume dirigé par Sonia Combe,
Archives et histoire…,
op.cit
.