Alina Popescu : Mircea Daneliuc et la censure. Le parcours d’un cinéaste roumain à travers les dossiers de la
Securitate
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Mircea Daneliuc et la censure.
Le parcours d’un cinéaste roumain à travers les dossiers de la Securitate
Alina Popescu - Université Paris Ouest Nanterre la Défense
Le fonctionnement de la censure dans la cinématographie roumaine de l’époque
communiste reste un sujet encore inexploré par les chercheurs alors qu’il permet de mesurer
l’ampleur des immixtions politiques dans la vie artistique de l’époque. Pourtant, il est possible
aujourd’hui d’avoir une meilleure compréhension de ce phénomène grâce à l’ouverture de
diverses archives, dont celles de la police politique roumaine, la Securitate. Bien que ces
dernières aient été constituées à des fins de surveillance, il est profitable et nécessaire de les
« interroger dans d’autres buts que l’étude factuelle des dispositifs de répression, comme un
document qui livre un savoir sur la société »
1
. Dans cette perspective, les dossiers de la
Securitate offrent des pistes intéressantes pour l’étude d’un phénomène social comme la
censure. Les notes des informateurs, les interceptions des lettres, les écoutes téléphoniques,
les découpages des journaux, font émerger des rapports de force entre les réalisateurs et les
politiques, font entendre une pluralité de voix et fournissent une « description dense »
2
de la
vie quotidienne de l’époque. Ces pages livrent une histoire apocryphe
3
de la censure, faite de
rumeurs, d’amitiés, de délations et de jeux de coulisses et informent sur le rôle de la critique
de cinéma, celui des protecteurs, des institutions mais aussi sur le quotidien de l’époque, sur
la pénurie alimentaire, sur les départs difficiles ou sur les retours émerveillés de l’étranger
4
.
Si les dossiers de la Securitate offrent des possibilités multiples de lecture, il ne sera
question ici que du rapport du réalisateur Mircea Daneliuc avec la censure, tel qu’il a été
consigné dans l’activité de surveillance politique. Le but de cette analyse est de rendre
1
Combe S. (sous la dir. de),
Archives et histoire dans les sociétés postcommunistes
, Paris, Editions La
Découverte, 2003, p. 13.
2
Geertz C., « La description dense. Vers une théorie interprétative de la culture », trad. Mary A.,
Enquête,
no.6,
1998, mis en ligne le 27 janvier 2009, http://enquete.revues.org/document1443.html
3
L’identité des informateurs est cachée derrière des pseudonymes
4
Les recherches entreprises sur d’autres cinémas nationaux de l’époque communiste permettent de révéler la
complexité et l’ambigüité de la censure, faite de négociations, de jeux, dans lesquels interviennent des instances
multiples, des personnes et des institutions. Ces aspects ont été notamment mis en évidence par les travaux de
Martine Gaudet (
La pellicule et les ciseaux. La censure dans le cinéma soviétique du Dégel à la perestroïka
,
Paris, CNRS Editions, 2010) et de Natacha Laurent (
L’œil du Kremlin. Cinéma et censure en URSS sous Staline
,
Toulouse, Privat, 2000), qui ont procédé à l’analyse d’un période bien définie, en prenant comme objet d’étude
les rouages institutionnels ou en l’exemplifiant à travers la trajectoire de cinéastes et la carrière d’un film.