Tanguy Bizien : Le regard et la voix de la rumeur dans
Le Corbeau
d’Henri-Georges Clouzot
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Le regard et la voix de la rumeur dans
Le Corbeau
d’Henri-Georges Clouzot
Tanguy BIZIEN - Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
Sorti en France en 1943,
Le Corbeau
d’Henri-Georges Clouzot met en scène les
habitants d’un village de province, Saint-Robin, en proie à la terreur de lettres anonymes
dénonçant les agissements supposés de ses notables. D’une missive, on passe à des centaines
en quelques séquences, « les lettres faisant l’effet d’une épidémie »
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comme le note Jacques
Siclier. À la propagation exponentielle des lettres anonymes correspond la montée progressive
d’une colère collective qui se répand jusqu’à exploser lorsque la foule finit par désigner un
coupable qu’elle pourchasse dans les rues du village. Par des moyens proprement
cinématographiques, Clouzot donne corps à la rumeur, permettant au spectateur d’en ressentir
les effets et d’en saisir la logique.
« L’œil américain » et le regard de la lettre
La première lettre anonyme du film est adressée au Dr Germain (Pierre Fresnay).
Alors qu’il sort des appartements de Denise (Ginette Leclerc), situés face aux siens, il croise
Laura Vorzet (Micheline Francey). Elle lui explique qu’elle préfère l’éviter, en raison des
insinuations que des lettres font courir à leur sujet. Ignorant tout de ces rumeurs, Germain s’en
étonne tandis que Laura disparaît sous le regard de la petite Rolande (Liliane Maigné). Il entre
chez lui et l’on voit Rolande s’approcher discrètement de la porte et se pencher vers la serrure.
Dans le plan suivant, le spectateur découvre Germain, à travers le trou de serrure. Il
décachette une enveloppe et en sort une feuille qu’il déplie. Puis, on entre dans le bureau,
Germain apparaissant de face, la lettre entre les mains. Un insert permet alors au spectateur
d’en découvrir le contenu :
« Petit débauché, tu fais joujou avec la femme à Vorzet Laura la putain, mais prends garde j’ai l’œil
américain et je dirai tout. Le corbeau. »
La matérialisation d’un trou de serrure dans un plan est la façon la plus évidente de
signaler la présence d’un œil qui regarde, depuis l’extérieur, quelque chose qu’il ne devrait
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Jacques Siclier,
Le cinéma français de 1929 à nos jours
, CD-ROM, Paris, France 3, Canal +, Havas
Multimédia, 1995.