Fanny Beuré: Eleanor Powell, Judy Garland: s’affranchir des stéréotypes genrés par la danse et le chant
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enregistre l’emblématique «
Over the Rainbow »
(
Le Magicien d’Oz,
Victor Fleming, 1939),
sa compétence est déjà manifeste. Elle maîtrise parfaitement sa voix : elle sait la retenir ou la
déployer, passe de façon assurée de sa voix de coffre à sa voix de tête. Eleanor Powell a, elle
aussi, débuté très jeune, dansant à Atlantic City pendant les vacances d’été afin d’aider
financièrement sa mère
8
. Lorsqu’elle arrive à Hollywood, elle apprend les techniques du
cinéma pour proposer ses idées de mise en scène. Une fois star, elle fait partie des rares
danseurs (avec Astaire et, plus tard, Kelly) qui chorégraphient et supervisent leurs numéros.
Les deux femmes ont forgé leurs styles originaux, fruits d’un syncrétisme de
différentes formes artistiques. Le timbre de Judy Garland, chaud et épais, est extrêmement
reconnaissable ; très tôt, sa signature vocale se forge autour de l’emploi maîtrisé des vibratos
et des contretemps. Son style est d’autant plus personnel qu’elle n’a pas pris de cours et
apprend « sur le tas », influencée à la fois par le swing et les ballades. Le style d’Eleanor
Powell est lui aussi d’une originalité saisissante, résultat d’un réarrangement des différentes
formes de danse qu’elle a apprises (acrobatique, ballet, claquettes). Ses routines mêlent ainsi
très souvent les cabrioles de cirque, les déboulés de la danse classique et les claquettes.
La démonstration de puissance est également un élément clef de leurs numéros. Le
volume de la voix de contralto de Garland est légendaire : elle fait partie de celles que l’on
nomme les
belters
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.
Cette impression de puissance est renforcée par la petite taille de
l’interprète, à peine un mètre cinquante et un. Lorsqu’elle était très jeune, ses parents avaient
d’ailleurs mis en scène un numéro jouant sur l’incongruité d’une voix aussi puissante sortant
d’un corps aussi petit : elle chantait dans le noir, pour révéler à la fin du numéro qu’elle
n’était qu’une petite fille ! Dans son autobiographie, Fred Astaire se souvient de sa
collaboration avec Eleanor Powell :
« No ricky-ticky-sissy-stuff with Ellie. She puts ’em down
like a man »
10
. C’est vraisemblablement la puissance de sa frappe qu’il a en tête en disant
qu’elle danse « comme un homme ». Lorsqu’Eleanor Powell débute les claquettes à l’âge
tardif de quinze ans, sa danse est jugée trop aérienne, influencée par le ballet. Ses professeurs
8
Margie Schultz,
op. cit.
, p. 2.
9
Le
vocal belting
désigne une technique spécifique de chant par lequel un chanteur produit un son
particulièrement fort dans le milieu supérieur de la tessiture. Parmi les
belters
célèbres, Ethel Merman et Barbra
Streisand.
10
« Pas de piétinement de tapette avec Ellie. Elle les envoie comme un homme », Fred Astaire,
op. cit.
, p. 242.
(ma traduction)