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Sarah Lécossais - L'impossible évolution des normes de genre dans les séries télévisées françaises (1992-2010)
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qui est aussi son supérieur – à une soirée
25
. Les images doivent donc nous montrer des femmes qui
maîtrisent à la fois les codes de la masculinité et ceux de la féminité. Ces stratégies de distinction
entre héroïnes et héros permettent aussi à ces séries, comme le rappelle Geneviève Sellier
26
, de ne
pas remettre en cause radicalement la domination patriarcale.
Les images et le cadrage viennent alors en soutien de la construction genrée des personnages
principaux. Comme l'écrit Pierre Beylot, « la monstration n'est pas pour autant une transcription
directe et transparente de la réalité, une pure
mimesis
du réel : c'est une construction
intentionnelle »
27
. Les images construisent donc la distinction de sexe tout autant que les discours.
Héros et héroïnes ne sont pas égaux devant la caméra. En plus d'être placés dans des situations
différentes, ils sont filmés différemment. Les héroïnes récurrentes sont souvent présentées au public
de manière fragmentée. Certaines sont filmées, pourrait-on dire, par morceaux. La caméra va
s'attarder sur certaines parties de leur corps – jambes galbées, poitrine, visage, lèvres maquillées,
chevelure, ou sur des accessoires caractéristiques. L'exemple le plus frappant est celui du pilote
d''
Une femme d'honneur
28
, dans lequel on suit une à une les étapes de l'habillage d'Isabelle Florent.
La caméra explore chaque détail de l'uniforme de gendarme : cravate, gants, ceinture, boutons,
galons et insignes, arme, escarpins, comme le montrent les photogrammes
29
suivants, extraits du
pilote :
Cette panoplie permet à Isabelle Florent de revêtir son identité statutaire. L'uniforme devient alors
un « porte-identité »
30
au sens goffmanien, l'expression extérieure d'une identité sociale. Cependant,
notre héroïne ne s'apprête pas simplement à exécuter une performance sociale – en devenant la
représentante de son institution –, elle se pare également pour une performance de genre, telle que
théorisée par Judith Butler
31
. En effet, les images insistent sur le fait que c'est ici une femme qui
s'habille et qui, en l'occurrence, revêt plus qu'un uniforme :
25 Son mari lui dit d'ailleurs : « Je te rappelle que ce soir on dîne chez le préfet […] Ma femme est obligée de venir. Et
pas en jean, s'il te plaît ! » (
Diane, femme flic
, TF1, 2003)
26 Geneviève Sellier, « Construction des identités de sexe dans les séries policières françaises », in Beylot, Pierre et
Sellier, Geneviève,
Les séries policières
, L'Harmattan, Paris, 2004
27 Pierre Beylot,
op. cit.
, p. 21
28
Une femme d'honneur
, TF1, 1996
29 Les photogrammes proviennent des archives de l'Inathèque.
30 Erving Goffman,
Stigmate. Les usages sociaux des handicaps
, Minuit, Paris, 1975, p.73.
31 Judith Butler,
Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l'identité
, La Découverte, Paris, 2005.